Soutenance de thèse de Mme Lucie CARLIER

Le Bureau des Études Doctorales

a le plaisir de vous informer que
Madame Lucie CARLIER

doctorante au laboratoire BABEL - EA 2649
rattachée à l’école doctorale 509 « Sociétés méditerranéennes et sciences humaines »,
sous la direction de Madame Martine SAGAERT, professeure émérite à l’université de Toulon,
soutiendra en semi-présentiel (soutenance non publique) et en visioconférence sa thèse en vue de l’obtention du doctorat

« langues et littératures françaises »

sur le thème suivant :

« Édition établie, présentée et annotée de la correspondance inédite échangée entre Jean Schlumberger (1877-1968) et sa femme Suzanne Weyher (1878-1924) de 1899 à 1912 »

mardi 7 juillet 2020 à 15 h sur le campus de La Garde, salle W1.116

devant un jury composé de  :

Monsieur Pierre MASSON, professeur émérite à l’université de Nantes, rapporteur,
Monsieur Peter-Charles SCHNYDER, professeur émérite à l’université de Haute Alsace, rapporteur,
Monsieur André MORELLO, maître de conférences à l’université de Toulon, suffragant,
Monsieur François OUELLET, professeur des universités à l’université du Québec à Chicoutimi, suffragant,
Madame Martine SAGAERT, professeure émérite à l’université de Toulon, directrice de thèse.

Résumé :

L’édition de la correspondance conjugale entre Jean Schlumberger (1877-1968) et Suzanne Weyher (1878-1924), échangée entre 1899 et 1912, est un document polymorphe ouvert à de multiples usages. D’abord, cette relation épistolaire sert l’histoire des mentalités, car les lettres privées nous font découvrir les jeunes partenaires protestants, à l’aube de leurs fiançailles, puis de leur mariage et nous disent comment ils s’inscrivent dans leur univers social bourgeois. En cela, les missives sont un document historique sur la société bourgeoise de la fin XIXe – début XXe siècle. Ainsi, les 539 lettres reproduites dans la présente édition révèlent tout un pan du passé. Ensuite, ego-document, la lettre est archive du moi. À la manière de Marie-Claire Grassi, nous avons privilégié une « approche monographique sur longue durée », afin de mettre « en évidence l’évolution des sentiments à l’intérieur d[u] couple », en tentant de répondre à la question : l’homme et la femme parlent-ils le même langage ? Cela nous a permis d’affirmer que l’échange épistolaire entre Jean et Suzanne Schlumberger est d’abord un exemple de correspondance amoureuse. Chacun à leur manière, par la narration de la vie de tous les jours, les deux scripteurs « ordonnent et reconstruisent de manière implicite le paysage amoureux ». Au rythme des lettres d’amour, le canal épistolaire devient le lieu par excellence où se construit la sphère familiale, puisque les deux individus deviennent parents. À travers ces extraits de vie que sont les témoignages épistolaires, se constitue une illustration de l’Histoire de la maternité et de la paternité dans un contexte législatif particulier, où la femme est sous le joug du Code Napoléon. Réflexions et pensées autour de ces bouleversements de vie, à la fois intersubjectifs et sociaux, donnent à voir les nouveaux parents essayant de se définir dans leur singularité, entre tradition et modernité. Conjugale, familiale, la relation épistolaire de Jean et Suzanne Schlumberger est aussi artistique. S’affranchissant tous deux d’une éducation commune prohibitive et mus par des idées avancées, les époux s’épanouissent progressivement dans leur art respectif, Jean l’écriture, Suzanne la peinture. Outils privilégiés d’une étude interactionniste entre l’être humain et l’œuvre, les lettres conjugales sont autant de signes qui font sens et illustrent l’histoire intime de deux artistes. Même si Jean Schlumberger affirmait à son amie Aline Mayrisch avoir « jalousement gardé » sa vie privée à l’écart de sa vie littéraire, la correspondance intime et artistique, mêle pourtant, au cœur même des lettres de Jean, le récit de ses rencontres professionnelles, publiques, qui sont engrais pour l’histoire littéraire de l’époque. Et pour cause, à mesure que se développe la carrière d’écrivain de Jean Schlumberger ainsi que sa place, qui devait être cruciale au sein de La Nouvelle Revue Française, la correspondance privée, pourtant par définition close sur elle-même, s’ouvre au monde littéraire. Les notions oxymoriques « privé » et « public » s’entrechoquent au cœur de la correspondance du couple Schlumberger, nous faisant découvrir le rôle minime mais inconnu, de Suzanne au sein de l’entreprise éditoriale qu’est La Nouvelle Revue Française. Dans les lettres de Jean Schlumberger, la frontière, de plus en plus frêle entre intérieur et extérieur s’étiole davantage face à la présence, exponentielle, du futur prix Nobel de littérature (1947), André Gide, empiétant sur la légitimité épistolaire de Suzanne. Celle-ci adopte alors de nouvelles stratégies énonciatives et fait de son amitié avec Madeleine Gide, la marraine de Sabine Schlumberger, un nouveau duo énonciatif rendant le discours épistolaire, polyphonique. Les lettres sont le miroir des relations littéraires et artistiques de l’époque. La correspondance des époux Schlumberger a donc de multiples intérêts, d’ordre historique, sociologique, biographique, psychologique, générique, littéraire et artistique.

Abstract :

Edition prepared, presented and annotated of unpublished correspondence between Jean Schlumberger (1877-1968) and his wife Suzanne Weyher (1878-1924) from 1899 to 1912.

The edition of the marital correspondence between Jean Schlumberger (1877-1968) and Suzanne Weyher (1878-1924), exchanged between 1899 and 1912, is a polymorphic document open to multiple uses. First of all, this epistolary relationship serves the history of mentalities, as private letters introduce us to the young Protestant partners, at the dawn of their engagement and then their marriage, and tell us how they fit into their bourgeois social universe. In this respect, the missives are a historical document on bourgeois society at the end of the 19th and beginning of the 20th century. Thus, the 539 letters reproduced in the present edition reveal a whole section of the past. Then, ego-document, the letter is an archive of the self. In the manner of Marie-Claire Grassi, we have favoured a "long-term monographic approach" in order to "highlight the evolution of feelings within [a] couple", trying to answer the question : do men and women speak the same language ? This allowed us to affirm that the epistolary exchange between Jean and Suzanne Schlumberger is first of all an example of love correspondence. Each in their own way, through the narration of everyday life, the two writers "implicitly order and reconstruct the landscape of love". To the rhythm of the love letters, the epistolary channel becomes the place par excellence where the family sphere is built, since the two individuals become parents. Through these extracts of life that are the epistolary testimonies, an illustration of the History of motherhood and fatherhood in a particular legislative context, where women are under the yoke of the Napoleonic Code, is constituted. Reflections and thoughts on these life upheavals, both intersubjective and social, show new parents trying to define themselves in their singularity, between tradition and modernity. Conjugal, familial, the epistolary relationship of Jean and Suzanne Schlumberger is also artistic. Both freeing themselves from a prohibitive common education and driven by advanced ideas, the spouses gradually blossomed in their respective art, Jean writing, Suzanne painting. Privileged tools of an interactionist study between the human being and the work, the conjugal letters are as many signs that make sense and illustrate the intimate history of two artists. Even if Jean Schlumberger told his friend Aline Mayrisch that he had "jealously guarded" his private life away from his literary life, the intimate and artistic correspondence nevertheless blends, at the very heart of Jean’s letters, the account of his professional and public encounters, which are fertilizer for the literary history of the time. And for good reason, as Jean Schlumberger’s career as a writer developed and his place, which was to be crucial within La Nouvelle Revue Française, private correspondence, though by definition closed in on itself, opened up to the literary world. The oxymoronic notions of "private" and "public" collide at the heart of the Schlumberger couple’s correspondence, making us discover Suzanne’s minimal but unknown role within the editorial enterprise that is La Nouvelle Revue Française. In Jean Schlumberger’s letters, the increasingly frail boundary between inside and outside is further weakened by the exponential presence of the future Nobel Prize winner for literature (1947), André Gide, encroaching on Suzanne’s epistolary legitimacy. Suzanne then adopted new enunciative strategies and turned her friendship with Madeleine Gide, Sabine Schlumberger’s godmother, into a new enunciative duo that made the epistolary discourse polyphonic. The letters mirror the literary and artistic relationships of the time. The correspondence of the Schlumberger couple therefore has multiple interests, historical, sociological, biographical, psychological, generic, literary and artistic..